N°62, 2018/4 – Varia

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Articles

Sylvain Roche, Guillaume Connan et Marc Moulin – Construire une politique publique d’innovation transfrontalière à l’heure de « la spécialisation intelligente ». Une application à la filière énergies marines renouvelables dans l’Eurorégion Nouvelle-Aquitaine-Euskadi-Navarre

Cet article propose de revenir sur la mise en place d’une politique publique tournée vers les énergies marines renouvelables dans l’Eurorégion Nouvelle-Aquitaine-Euskadi-Navarre dans le cadre de la mise en œuvre des stratégies de « spécialisation intelligente » des régions (RIS3). L’objectif est de comprendre les dynamiques d’une construction d’action collective afin d’examiner les stratégies de valorisation des ressources territoriales et les convergences stratégiques d’acteurs transfrontaliers. En d’autres termes, c’est une analyse d’une politique d’innovation territorialisée basée sur notre propre observation que nous proposons. En quoi la spécialisation intelligente des régions invite-t-elle à repenser les stratégies eurorégionales transfrontalières ?

Cal Le Gall – L’intégration économique européenne affecte-elle la participation électorale et le vote économique ?

L’UE a acquis de nombreuses compétences économiques depuis quelques années. Dans cet article, je fais l’hypothèse qu’en réduisant la marge de manœuvre économique des gouvernements, l’intégration européenne peut réduire 1) la participation électorale et 2) le vote économique, à l’instar de la mondialisation. Ces deux hypothèses sont testées au niveau individuel dans une perspective comparée grâce aux European Election Studies (EES) de 2009 et 2014. Les résultats indiquent que la perception des contraintes économiques de l’UE diminue le vote économique après la crise, mais pas en 2009. En revanche, les données ne montrent pas d’effet sur la participation électorale.

Anne-Sophie Gijs et Camille Gijs – Des défis structurels aux ambitions nouvelles. Le partenariat UE-Afrique du Sud comme archétype des relations UE-pays émergents ?

Par son statut hybride, à la fois pays en développement et émergent, État africain et membre des BRICS, l’Afrique du Sud est concernée par la réflexion autour de l’avenir des partenariats stratégiques de l’UE et par la renégociation des accords de Cotonou. Analyser l’évolution des interactions entre l’UE et l’Afrique du Sud ces trente dernières années alimente donc le débat en cours à ces deux niveaux : grâce à une étude de terrain recueillant les points de vue sud-africains et européens, cet article interroge d’une part la notion de partenariat stratégique, en théorie et en pratique, et d’autre part analyse en quoi les défis rencontrés en Afrique du Sud peuvent enrichir la réflexion sur l’avenir du partenariat avec les pays ACP dits « plus avancés ». En effet, nombre d’entre eux combinent des caractéristiques similaires à l’Afrique du Sud (croissance ralentie, inégalités, hégémonie économique régionale et fragilité politique nationale), affirment leur autonomie et ne seront intéressés par la collaboration européenne que si celle-ci se distingue des concurrentes, mais également des schémas obsolètes “donateur-récipiendaire”, pour entamer une relation pragmatique plus subtile.

Ludivine Damay et Florence Delmotte – Les dialogues citoyens de la Commission européenne. Renforcer l’appartenance ou confirmer l’impuissance ?

Dans le cadre de l’Année européenne des citoyens en 2013, la Commission européenne inaugurait un nouveau dispositif, les « dialogues citoyens », visant à « restaurer la confiance » des citoyens à l’égard de l’Union européenne (UE) après plusieurs années de crise. Fondé sur l’observation de dialogues organisés en Belgique en 2013 et 2014, cet article revient sur les justifications initiales du dispositif et sur sa mise en œuvre en s’intéressant en particulier aux « sentiments » que les dialogues citoyens étaient censés susciter ou renforcer, en premier lieu le sentiment d’appartenance, et sur ceux qu’ils ont en définitive révélés, tel celui d’une impuissance accrue. L’article éclaire ces questions à la lumière des apports théoriques de Norbert Elias sur l’intégration nationale et postnationale.

Dieter Gosewinkel – Europe antilibérale ou Anti-Europe ? Les conceptions européennes de l’extrême droite française entre 1940 et 1990. 

Les conceptions européennes de l’extrême droite française à partir de la collaboration franco-allemande pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux années 1990 sont marquées par une continuité scindée en deux lignes de pensée : une ligne économique et une ligne politico-culturelle (issues de l’Europe dominée par le national-socialisme) qui sont au départ imbriquées, mais finissent par entrer en conflit. Tandis que les intellectuels d’extrême droite autour de la revue Défense de l’Occident commencent par saluer l’intégration européenne à l’instar des idées de la collaboration au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Front national finit par protester contre la Communauté européenne « réelle », purement économique, à partir des années 1990.

 

Lectures 

 
Emmanuel Comte – Warlouzet Laurent, Governing Europe in a Globalizing World: Neoliberalism and Its Alternatives Following the 1973 Oil Crisis, London and New York, Routledge, 2018, 274 pages

Christophe Bouillaud – Bernard Bruneteau, Combattre l’Europe. De Lénine à Marine Le Pen, Paris, CNRS Éditions, 2018, 303 pages

Louis Stroeymeyt – Sabine Saurugger and Fabien Terpan, The Court of Justice of the European Union and the Politics of Law, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2017