N°43 2014/1 – Opposés dans la diversité. Les usages de l’opposition à l’Europe en France

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dirigé par Christophe Bouillaud, Emmanuelle Reungoat, 2014/1 (n°43)

 

Dossier

 

Christophe Bouillaud, Emmanuelle Reungoat – Introduction. Tous des opposants ? De l’euroscepticisme aux usages de la critique de l’Europe

Les oppositions aux projets d’intégration européenne sont aussi anciennes que les projets de construction communautaire eux-mêmes. Le « consensus permissif » (Lindberg et Scheingold, 1970) qui aurait accompagné l’intégration dans les années 1950-1980 oublie les débats qui eurent alors lieu dans la plupart des pays concernés. Toutefois, le souhait des gouvernements au cours des années 1980-1990 de dépasser…

 

Nicolas Azam – Européanisation et dynamique de changement partisan. Le Parti communiste français et l’Union européenne (1989-1999)

Souvent classé parmi les partis « eurosceptiques », le Parti communiste français a été amené, au cours des dernières décennies, à réviser sa ligne officielle sur les questions européennes. Préférant adopter une approche relationnelle et processuelle de la compétition politique plutôt que de succomber à la tentation taxinomique et réifiante, l’article explore les ressorts de ces réaménagements en lien avec les changements partisans. En effet, à travers les luttes sur l’Union européenne se jouent une redéfinition de l’identité partisane visant à mieux relégitimer le parti dans le champ politique et une recomposition des règles internes en vigueur.

 

Fabien Escalona, Mathieu Vieira – Le sens et le rôle de la résistance à l’UE pour le Parti de gauche

Cet article traite de l’opposition à l’Europe des dissidents socialistes ayant créé le Parti de gauche puis œuvré à la constitution du Front de gauche. Il soutient que si l’ensemble de leur projet politique n’est pas réductible à leur résistance à l’intégration européenne, celle-ci a été un catalyseur de la dissidence, un outil privilégié de mobilisation et de différenciation vis-à-vis du Parti socialiste, ainsi qu’un moyen de circonscrire les frontières de « l’autre gauche ». L’opposition à l’Europe des dissidents est donc analysée à la fois pour son sens idéologique et pour son usage stratégique dans les processus d’unification et de coalition partisanes dont ils ont été les entrepreneurs.

 

Martin Baloge – S’opposer à quel prix ? Modalités et conséquences de l’engagement eurocritique chez les parlementaires français et allemands de l’UMP, de la CDU/CSU et du FDP

Les votes relatifs aux Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) et au Mécanisme européen de stabilité (MES) en 2012 ont permis à un certain nombre de parlementaires conservateurs français et allemands de s’opposer à leur parti en matière de politique européenne. En étudiant de manière comparative les processus ayant conduit à leur opposition ainsi que les conséquences sur leur carrière politique de cette prise de position, nous montrons que cette opposition intrapartisane se focalise en France et en Allemagne sur des enjeux distincts et que la discipline partisane en Allemagne conduit à un encadrement, voire à une exclusion, de la parole eurocritique.

 

Emmanuelle Reungoat – Mobiliser l’Europe dans la compétition nationale. La fabrique de l’européanisation du Front national

L’analyse des usages de l’Europe développés par les dirigeants du FN montre comment l’ouverture d’une arène politique communautaire peut, de manière indirecte, venir constituer un réel point d’appui à une entreprise partisane dans la compétition politique nationale et renforcer un groupe spécifique au sein de celle-ci. Les investissements du thème, de l’élection et de l’institution parlementaire européenne sont convertis par les acteurs frontistes en ressources matérielles et symboliques mobilisables dans l’arène domestique aux échelles inter – et intra-partisane. Ces appropriations de l’Europe viennent renforcer les capacités d’action matérielles, la visibilité et la légitimité du parti et de ses acteurs, appuyer les tentatives d’élargissement de l’assise électorale du FN et consolider la position du leader en affermissant son contrôle de l’appareil. L’analyse dégage la spécificité – relative – du FN à cet égard, soulignant que la mobilisation et les usages partisans de l’Europe peuvent être mis en relation tant à des facteurs contextuels et institutionnels domestiques, qu’aux caractéristiques idéologiques, culturelles et organisationnelles du parti. Tout en soulignant la continuité des pratiques de la nouvelle direction menée par Marine Le Pen, l’étude montre la fabrique du processus d’européanisation à l’œuvre au FN ainsi que l’impact de l’intégration européenne sur la compétition nationale et les évolutions des pratiques politiques.

 

Humberto Cucchetti – « L’Action française contre l’Europe ». Militantisme royaliste, circulations politico-intellectuelles et fabrique du souverainisme français

Les rapports entre royalisme et souverainisme se sont tissés tout au long d´une histoire qui doit être analysée avec attention. L’histoire de l’Action française (AF) depuis la Libération témoigne, en effet, d´un travail de longue haleine exercé à l’encontre des avancées des différents gouvernements dans la création d´une communauté supranationale européenne. L’un des « héritages de l’Action française », malgré les crises, les scissions et les pertes continuelles de militants et d´adhérents dont a pâti cette organisation, concerne le rejet de ce que le monarchisme considère comme un « abandon total de la souveraineté française ». Cette contribution se propose d’aborder les relations entre monarchistes et milieux souverainistes afin de mettre en lumière la contribution d’un militantisme intellectuel qui, construit hors du système politique formel, a participé à la « fabrication » de l’offre politique souverainiste d’opposition à l’Union européenne. L’analyse du travail militant et des trajectoires individuelles et organisationnelles de l’AF permettra de rendre compte des valeurs et des réseaux politiques « anti-européens » mobilisés en l’espèce.

 

Romain Blancaneaux – Le Parlement européen, une courroie de transmission pour des opposants nationaux à la Commission européenne. L’opposition à la libéralisation des droits de plantation viticoles

En 2009 puis en 2010, les parlements européen et français se sont prononcés contre une réforme de la politique vitivinicole européenne impulsée par la Commission européenne. Leur opposition successive s’explique par l’apparition en leur sein de coalitions, associant agents professionnels et politiques, qui en ont assuré la transmission interparlementaire de Bruxelles vers Paris. En croisant perspective institutionnelle parlementaire, et analyse des usages des espaces institutionnels par des agents politiques et professionnels, cet article pose quelques jalons permettant de saisir les rapports entre parlements et politiques publiques, ce sur quoi la littérature demeure peu disserte.

 

Laurence Jourdain – Comment peut-on militer à Bruxelles pour une « Autre Europe » ? Le cas du Collectif ALTER-EU

Cet article porte sur l’action du collectif transnational ALTER-EU en faveur d’un encadrement du lobbying et, à terme, en faveur d’une refonte du processus de décision de l’UE dans son ensemble. Il met en évidence les limites des catégories communément mobilisées pour étiqueter les différentes formes d’opposition à l’Europe et propose de qualifier de « réformiste » la posture d’ALTER-EU : tout en sollicitant sa place parmi les partisans d’une « autre Europe », le Collectif inscrit en effet son action dans le cadre des institutions en place, plutôt que de prôner d’emblée la « table rase ». Or cette posture peut s’expliquer à la fois comme un choix stratégique et comme le fruit d’un nécessaire compromis : alors que certains de ses fondateurs assumaient une critique plus radicale de l’UE, elle a permis à ALTER-EU de faire entendre sa voix à Bruxelles et de fédérer ses membres. Cette étude de cas montre aussi les contraintes et les contradictions auxquels se heurtent les acteurs sociaux qui entendent s’opposer à l’Europe, ou tout du moins porter un projet alternatif, à l’intérieur du système européen, puisque les ressources et les stratégies qui ont permis à ALTER-EU d’agir à Bruxelles ont paradoxalement contribué à limiter sa capacité de mobilisation donc, peut-être, sa faculté de transformer l’Europe.

 

Chantier de recherche

 

Fanny Sbaraglia – Le Fonds social européen à l’épreuve des régions en voie de désindustrialisation. Les cas de la Région Wallonne et du Midwest irlandais

Afin de contribuer au débat sur les effets de l’action publique de l’Union européenne (UE) dans les États membres, cette recherche vise à étudier l’adaptation subnationale des instruments d’origine européenne. Plus précisément, celle-ci a pour objet un instrument peu étudié malgré sa création dès le traité de Rome ainsi que ses spécificités redistributives et sociales, le Fonds social européen (FSE)….