N°42 2013/4 – Les politiques économiques européennes face à la Grande Récession

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dirigé par Martial Foucault, 2013/4 (n°42)

 

Dossier

 

Martial Foucault – Introduction. Les politiques économiques européennes face à la Grande Récession

L’Union européenne est entrée en 2008 dans sa première crise économique d’ampleur mondiale et aux conséquences encore incertaines. Ce n’est pas la première fois que l’Europe est touchée par une crise économique mais cette fois-ci, comme l’ont titré Carmen Reinhardt et Kenneth Rogoff (2009) « That time, it’s different ». Différent parce que les outils mobilisés pour amortir les effets de la crise ont…

 

Clément Fontan – Frankenstein en Europe. L’impact de la Banque centrale européenne sur la gestion de la crise de la zone euro

Depuis sa création en 1999, la Banque centrale européenne a cherché à influencer les règles de gouvernance économique de la zone euro alors que ses responsabilités initiales sont recentrées sur le domaine monétaire. Bien qu’elle n’ait pas pu exercer de véritable influence sur ces domaines lors des dix premières années de l’euro, la crise des dettes souveraines débutée en décembre 2009 a fait apparaître une fenêtre d’opportunité pour les banquiers centraux. Le but de cet article est alors d’identifier les moyens par lesquels la BCE a pu étendre son influence au-delà du domaine monétaire pendant la crise de la zone euro. Après avoir exploré les différentes dimensions de la BCE en tant qu’acteur politique, l’article explore l’impact de la BCE à travers trois canaux : son monopole sur les liquidités, la reconnaissance de son expertise et son autorité morale sur les États membres. Au-delà de cette étude empirique, l’article remet en cause la maîtrise du processus de délégation de compétences à des agences indépendantes par les décideurs politiques et souligne la place centrale des erreurs de perceptions dans la gestion de la crise.

 

Mehdi Arrignon – Poursuivre malgré la crise ? Changement de contexte et continuité des politiques d’emploi en Europe

Les stratégies d’« activation » visant à inciter davantage les chômeurs à l’emploi ont été poursuivies au cours de la crise. Pourtant ces réformes n’avaient pas atteint leurs objectifs avant la crise et leurs résultats ont été particulièrement négatifs dans la conjoncture récente. Pourquoi les avoir maintenues ? L’inertie s’explique à la fois par des raisons institutionnelles (gouvernance européenne faiblement réactive en matière d’emploi), cognitives (implantation durable d’un référentiel d’« activation » chez les responsables nationaux et européens) et politiques (crise comme variable écran empêchant de dresser le bilan des stratégies poursuivies).

 

Catherine Spieser – La fin du modèle de flexicurité face à la résilience des modèles nationaux ? Syndicats et négociations sur l’emploi en Allemagne, en France et en Italie

Depuis les années 1990, sous l’influence de l’ Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) puis des stratégies européennes, l’idée de « flexicurité » s’était imposée comme paradigme dominant des politiques de l’emploi et du travail. Cependant, la crise a remis en question le bien-fondé de ce paradigme en temps de récession. Depuis 2008, les partenaires sociaux comme les décideurs des politiques publiques se sont saisis de l’agenda de la lutte contre la crise de l’emploi dans l’ensemble des pays européens. Une comparaison des cas allemand, français et italien nous montre alors les limites de l’européanisation et la résilience des modèles nationaux au prisme de l’action publique négociée. En effet, en étudiant le positionnement des organisations syndicales et patronales, leurs pratiques du dialogue social et l’usage des instruments d’action publique ou leur réforme, cet article met en évidence trois types de reconfiguration des relations professionnelles face à la crise et donc des appropriations et ajustements différenciés de l’idée de « flexicurité ».

 

Laurie Beaudonnet – Preferences for European Social Policy in Times of Crisis. Le soutien à une politique sociale européenne en temps de crise

Depuis 1992 et la création de l’Union économique et monétaire, les citoyens européens sont de plus en plus conscients des conséquences économiques et sociales de l’intégration européenne. La crise économique actuelle, en augmentant la pression financière sur les politiques de redistribution, a renforcé les craintes du public en matière de protection sociale et de (dé-) régulation du marché du travail. Néanmoins, notre connaissance des préférences en matière de redistribution et de politiques sociales au niveau supranational est encore parcellaire, malgré l’importance de ces préférences pour le soutien politique dans les régimes multi-niveaux.

Cet article étudie (a) les facteurs attitudinaux et économiques du soutien à une politique sociale commune et leur évolution dans le temps, (b) l’impact de la crise économique actuelle sur ces préférences. L’étude examine la validité empirique de la logique d’exit, en se fondant sur une analyse de time series cross section dans l’UE des Quinze, de 1996 à 2011. Les résultats étayent la thèse de la stratégie d’exit et montrent un renforcement de cette logique à la faveur de la crise économique de 2008.

 

George Ross – Institutional Knots and EU Economic Governance. Intergovernmental Decision-Making in the Great Recession and the Eurozone Crisis

Tensions Institutionnelles et gouvernance économiques de l’UE: La méthode intergouvernementale dans la Grande Récession et la crise de la zone euro

L’Union européenne a depuis toujours construit ses décisions en utilisant conjointement les méthodes communautaires et intergouvernementales. Cependant depuis le traité de Maastricht le poids de l’intergouvernementalisme n’a cessé de croître s’accompagnant d’une implication toujours plus forte de l’UE au niveau national. Durant la « Great Recession » et la crise de la zone euro les décisions de l’UE ont certes été prises en grande partie de façon intergouvernmentale mais selon deux approches différentes. À la suite de la chute de Lehman Brothers, un intergouvernmentalisme « coordonné » s’est imposé à travers un accord entre les membres de l’UE autour d’objectifs généraux: renflouer le secteur bancaire, poursuivre des plans de stimulation économique, ou encore effectuer des réformes du secteur financier. Par la suite, chaque pays a été libre de définir ses propres plans pour arriver à de tels objectifs définis. Durant la crise de la zone Euro, la méthode a changé en faveur d’un intergouvernementalisme dit « cooperatif » dans lequel les membres de la zone euro et de l’UE ont négocié de manière multilatérale des décisions détaillées que tout le monde était dans l’obligation de suivre. Ces processus d’intergouvernementalisme coopératif ont été très lents et ont parfois mené vers de mauvaises décisions, voire des erreurs dans lesquelles les préférences des pays les plus forts se sont imposées. De tels résultats ont alors, au moins dans le court terme, posé de forts problèmes de légitimité à l’UE.

 

Lecture croisée

 

Gwenaëlle Perrier – Le fonctionnement de l’Union européenne. Introduction à l’Union européenne

Le champ des études européennes a connu un développement important depuis les années 1990 en France, reflété notamment par la parution de différentes contributions à vocation généraliste sur les institutions et les questions européennes. Les deux ouvrages Le fonctionnement de l’Union européenne et Introduction à l’Union européenne s’inscrivent dans ce mouvement. Ils se complètent relativement bien….

 

Lectures critiques

 

Christophe Majastre – The Struggle for EU Legitimacy. Public Contestation, 1950-2005

Le champ des études européennes a connu un développement important depuis les années 1990 en France, reflété notamment par la parution de différentes contributions à vocation généraliste sur les institutions et les questions européennes. Les deux ouvrages Le fonctionnement de l’Union européenne et Introduction à l’Union européenne s’inscrivent dans ce mouvement. Ils se complètent relativement bien….

 

Léa Lemaire, Stefan Waizer – Le Champ de l’Eurocratie : Une sociologie politique du personnel de l’UE

La sociologie politique de l’Union européenne (UE), en s’émancipant du dualisme entre inter-gouvernementalisme et néo-institutionnalisme, renouvelle l’analyse du fait européen. Initié à l’Université de Strasbourg (PRISME), cet agenda de recherche s’est attaché, depuis le début des années 2000, à normaliser les études européennes. En 2002, la publication des Métiers de l’Europe politique produit une…