N°39 2013/1 – L’Union européenne et le nouvel équilibre des puissances

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dirigé par Antoine Mégie, Frédéric Mérand, 2013/1 (n°39)

 

Dossier

 

Antoine Mégie, Frédéric Mérand – Introduction. L’Union européenne et le nouvel équilibre des puissances

Depuis quelques années, l’Union européenne (UE) n’est pas ménagée. En moins d’une décennie, elle est passée d’une zone exemplaire de prospérité et de paix ayant abouti à l’un des plus grand succès de l’histoire en matière de coopération régionale, à un continent en déclin affligé d’institutions incapables de juguler la crise économique ou d’apaiser la défiance des citoyens. À la croissance fulgurante…

 

Tuomas Forsberg – The power of the European Union. What explains the EU’s (lack of) influence on Russia?

La puissance de l’UE: comment expliquer l’influence de l’UE (et sa perte) sur la Russie?

Il existe de nombreux désaccords et confusions lorsque l’on cherche à interrogerla puissance réelle de l’UE dans la politique internationale. Connaît-elle une augmentation ou un déclin? Quelle est la meilleure manière pour l’Europe d’utiliser le pouvoir dont elle dispose? Parce qu’aucun cadre analytique ne suffit à lui seul à appréhender la notion de puissance dans la politique internationale, il est essentiel de cerner les différentes approches alternatives qui considèrent et cherchent à analyser cette dimension. Selon une première approche, la puissance peut être considérée en fonction de ses sources constitutives: militaires, économique et normative. Pour une seconde lecture, elle mérite d’être conçue en termes de ressources, de perceptions et d’interactions subjectifs. Une troisième démarche ajoute aux ressources, la stratégie et les pratiques considérant qu’elles offrent une compréhension supplémentaire de la puissance. Enfin, la dernière vision estime que l’hypothèse selon laquelle la partie la plus puissante impose toujours sa volonté peut se révéler contredite en raison de l’importance du contexte. Cet article compare ces quatre lectures en les appliquant à l’UE et à ses relations avec la Russie. Nous chercherons à démontrer pourquoi l’explication du succès ou de l’échec de l’UE pour promouvoir ses intérêts vis-à-vis de la Russie a peu avoir avec la compréhension des marqueurs traditionnels de la puissance telle que la capacité militaire. Au contraire, une attention particulière sera apportée aux autres dimensions qui structurent ce registre européen.

 

Catherine Gegout – Le retrait de l’Europe et la montée en puissance de la Chine en Afrique. Une évaluation des approches réalistes, libérales et constructivistes

La Chine et l’Europe (au sens de l’Union européenne et de ses États membres)sont toutes deux des acteurs politiques et économiques en Afrique. Le commerce entre la Chine et l’Afrique a pris de l’importance au tournant du XXIe siècle. Dans le domaine de la sécurité, la Chine a pris part aux missions de maintien de la paix de l’ONU à la fin des années 1980, et en plus de la présence militaire de certains États européens, l’UE a également déployé des troupes en Afrique pour la première fois en 2003. Malgré des intérêts similaires sur ce continent, la coopération entre l’Europe et la Chine reste, comme nous l’expliquerons, quasi inexistante. Néanmoins, cet article montre aussi que même si les acteurs européens et chinois ont des approches et donc des politiques différentes dans les domaines sécuritaires et politiques, il est possible d’observer une certaine convergence dans le domaine économique. Les approches réalistes et libérales s’avéreront plus utiles que l’approche constructiviste afin de comprendre les politiques étrangères de l’Europe et de la Chine sur le continent africain.

 

Elena Aoun – L’Union européenne en Méditerranée. Puissance en repli, normes en déshérence ?

Les ruptures que connaît l’espace méditerranéen à partir de 2011 démontrentcombien il demeure volatile en dépit de quarante ans de « politique étrangère structurelle » européenne. S’il est impossible d’apprécier déjà les conséquences du « Printemps arabe » sur les moyen et long termes, il ne fait aucun doute qu’il aura un impact profond sur les reconfigurations socio-politiques des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ainsi que sur les équations régionales, nécessitant dès lors un repositionnement de la part des acteurs tiers. Cela est d’autant plus vrai pour l’UE en raison de la proximité géographique, des réalités migratoires, des enjeux économiques, politiques et sociaux ainsi que des liens noués au fil des politiques euroméditerranéennes. S’inscrivant dans la lignée de la conceptualisation de l’UE comme puissance normative, cet article tente de dégager certains facteurs susceptibles de contribuer aux reconfigurations futures des rapports euroméditerranéens. Après un bilan des différentes dimensions de la politique étrangère européenne depuis les années 1970, l’article s’intéresse aux réorientations consécutives au Printemps arabe, étayant l’hypothèse que, limités par une dépendance au sentier institutionnelle et conceptuelle qui pérennise les contradictions de la puissance normative de l’UE, les repositionnements actuels semblent augurer d’un affaiblissement du potentiel performatif de l’UE et d’une réduction de sa place dans les futurs équilibres de puissance en Méditerranée.

 

Sebastian Santander – L’Union européenne, l’interrégionalisme et les puissances émergentes. Le cas du « partenariat » euro-brésilien

L’Union européenne (UE) cherche à se lier avec des puissances dites « émergentes » avec lesquelles elle n’hésite pas à sceller des partenariats « stratégiques ».Pourtant, elle a longtemps privilégié des relations avec des blocs régionaux au détriment des rapports individuels avec les États, comme en témoignent ses rapports avec l’Amérique latine. L’UE a, d’ailleurs, porté une attention particulière vis-à-vis du Mercosur. Mais depuis peu elle développe aussi un canal de relation privilégié avec le Brésil au travers du partenariat dit « stratégique ». La présente contribution s’interroge sur les raisons de ce partenariat, sur les intérêts des parties pour une telle association, sur la manière dont cette dernière s’articule avec les relations que l’UE entretient avec le Mercosur ainsi que sur les obstacles et les limites qu’elle rencontre. La démarche européenne consistant à sceller des « partenariats stratégiques » avec des « puissances émergentes » vise aussi bien à retirer des avantages économiques pour ses multinationales qu’à accroître la visibilité et la reconnaissance de l’UE comme acteur international et à démontrer sa capacité à se mouvoir dans un monde stato-centre. Ce faisant, l’UE renverse sa logique stratégique. Elle passe d’une stratégie fondée sur l’idée d’acteur normatif qui encourage le régionalisme international et les relations interrégionales, à une approche aux relents de Realpolitik qui, loin de domestiquer et multilatéraliser l’action internationale des BRICS, valorise la puissance des États.

 

Niels Lachmann – Rivalry, Community, or Strained Partnership? Relations between the European Union and the United States

Rivalité, communauté ou partenariat sous tension?: la relation entre l’Union européenne et les États-Unis

Alors que les États-Unis considèrent désormais la région de l’Asie-Pacifiquecomme la zone d’intérêt stratégique du futur, l’Union européenne apparaît susceptible de disparaître de leur point de vue. Envisager ce glissement vers la perte totale d’importance présuppose cependant que l’UE ne peut plus devenir un rival pour les États-Unis dans un monde multipolaire. Une telle perspective exige également de ne plus voir dans l’UE un partenaire indispensable aux États-Unis dans la gestion des enjeux internationaux. Pourtant, la plupart des descriptions relatives aux rapports UE-États-Unis continuent à utiliser les notions de rivalité et de partenariat, auxquelles correspondent les approches conceptuelles du « soft balancing » et de « communauté de sécurité ». Cette contribution étudie si ces deux approches divergentes sont encore pertinentes, et jusqu’à quel point. Alors qu’une approche en termes de « communauté de sécurité » semble correspondre à l’état actuel des relations entre l’UE et les États-Unis, des stratégies alternatives conduisent cependant l’UE à s’affirmer comme un rival des États-Unis introduisant des tensions et des contradictions dans le partenariat. Ainsi, si les rapports entre l’UE et les États-Unis sont marqués par le principe du partenariat cela n’empêche pas une possible détérioration à l’avenir de la relation transatlantique.

 

Reuben Wong – The Issue of Identity in the EU-China Relationship. Les enjeux de l’identité dans les relations UE-Chine

Dans cet article nous montrerons qu’au-delà des questions de compétitions commerciales, les identités et différences civilisationnelles permettent de comprendreles alternances qui caractérisent les relations de coopération et de conflit entre l’UE et la Chine. Or nous relevons que l’identité de ces deux ensembles connaît des évolutions permanentes. Du fait d’un rôle de plus en plus important dans le système international, la Chine tend à réévaluer son identité et ses préférences, via des choix valorisant ou écartant certains symboles de son identité passée et présente. Dans cette transition la faisant passer d’un pays en voie de développement à un membre important du système international, la Chine a connu une révolution dans l’image qu’elle se donne d’elle-même. De son côté, l’UE a connu une extension d’une communauté de neuf démocraties occidentales semblables à une Union de vingt-sept pays divers en 2007. Désirant développer une présence européenne distincte dans les affaires mondiales à travers le principe d’une « puissance normative », l’Europe entre en collision avec la Chine. Ces changements d’identité ont des conséquences importantes au niveau des interactions politiques. En d’autres termes, nous considérons que ces contextes de transformations identitaires pèsent sur les relations entre l’Union européenne et la Chine. Tant la Chine que l’UE semblent vouloir continuer à répondre l’un à l’autre selon les besoins et les demandes de leurs populations respectives et en fonction des espérances externes placées en eux en tant qu’acteurs importants dans la politique internationale que ce soit sur le terrain de la diplomatie, de l’économie, du commerce, de la finance et de la sécurité.

 

Chantiers de recherche

 

Josua Gräbener – L’Europe à l’épreuve des paritarismes. Usages différenciés du Fonds social européen par les organismes et fonds paritaires pour la formation continue en France et en Italie

Depuis le Traité de Rome de 1957 et l’institution du Fonds social européen (FSE), les priorités assignées à ce dernier ont été progressivement transformées. Le FSE est aujourd’hui un outil essentiel de la Stratégie européenne pour l’emploi (SEE). Il s’agit, en particulier à travers l’axe 1, de relever le niveau de qualification de la population active, avec des gains espérés très divers : de…

 

Lectures croisées

 

Franck Petiteville – La politique étrangère européenne entre recherches empiriques, théorisation et essai d’interprétation

Roy Ginsberg et Susan E. Penksa, The European Union in Global Security : The Politics of Impact, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2012, 296 pages.Xymena Kurowska et Fabian Breuer (eds.), Explaining the EU’s Common Security and Defence Policy, Theory in Action, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2012, 256 pages.Christopher J. Bickerton, European Union Foreign Policy : From Effectiveness to Functionality,…