N° 52, 2016/2 – Varia

POEU_052_L204Christophe Majastre, Heidi Mercenier – Construire un espace français de recherches sociologiques sur l’Europe Un tournant, trois versions ?

Cet article propose un retour sur les contributions qui ont participé au tournant sociologique des recherches sur l’Europe au sein de l’espace français. En se fondant sur l’analyse de ces textes, nous montrons qu’ils portent des propositions divergentes quant à l’organisation des savoirs sur l’Europe. L’analyse de trois dimensions – la généalogie proposée, la capacité de coopération avec d’autres approches des objets européens et la façon dont ces objets sont construits et sélectionnés – atteste de la construction d’un espace hétérogène de recherches sociologiques sur l’Europe organisé autour de trois versions : « constructiviste sociologiséee », « idiographique » et « critique ».

 

Pierre Bocquillon, Aurélien Evrard – Rattraper ou devancer l’Europe ? Politiques françaises des énergies renouvelables et dynamiques d’européanisation

La France a échoué de façon répétée à atteindre ses objectifs européens en matière de consommation d’électricité d’origine renouvelable. Quant au rapide développement des agrocarburants, il tient d’abord au poids et à l’influence du secteur agricole domestique. Cela ne signifie pas pour autant que la construction européenne a été sans influence sur les politiques françaises de soutien aux énergies renouvelables, mais pas nécessairement sur un mode hiérarchique. Afin de rendre compte des interactions entre politiques françaises et européennes, cet article s’inscrit dans une approche de sociologie politique attentive à la diversité des pratiques et « usages de l’Europe », en explorant les dynamiques verticales et horizontales de l’européanisation.

 

Philipper Perchoc – Les simulations européennes Généalogie d’une adaptation au Collège d’Europe

Le développement des simulations dans les études européennes invite à se questionner sur les origines et la diffusion de cette méthode. Le Collège d’Europe à Bruges a été la première institution à offrir une formation spécifiquement dédiée à la construction européenne et elle a joué un rôle dans cette adaptation des simulations, méthode largement américaine, au contexte des études européennes. La généalogie de cette adaptation invite à débattre de ses raisons, de son contexte, de ses modalités et de sa diffusion, tout en ouvrant un champ de recherches sur la constitution progressive d’un espace européen de l’enseignement des études européennes.

 

Nicolas Hubé, Susana Salgado et Liina Puustinen – Les acteurs de la crise de l’euro et leurs rôles : politisation et personnalisation de la couverture médiatique

Cette contribution observe le traitement journalistique des acteurs visibles lors de la première phase de résolution de la crise de l’euro (entre 2010 et 2012). Elle repose sur une étude de quarante journaux pris dans dix pays européens. Pour ce faire, nous avons pris au sérieux deux affirmations des littératures en communication politique et en European Studies : d’une part, l’hypothèse de la personnalisation de l’écriture du politique et, de l’autre, celle d’un recul du processus d’européanisation, suggérant de facto que la crise de l’euro a contribué à accroitre le rôle et la place des gouvernements nationaux par rapport aux institutions communautaires et, certains pays plutôt que d’autres. Nos conclusions confirment ces hypothèses d’une couverture personnalisée des informations, dominées par les responsables politiques nationaux ainsi que par les experts économiques. Enfin nous abordons les raisons d’un tel cadrage de l’information et ses implications pour le processus d’intégration européenne, et en particulier pour l’absence d’un espace public européen.

 

Francisco Roa Bastos – « Académie européenne » ou « europäische Akademie » ? L’ancrage allemand des études européennes et ses conditions de possibilité

Cet article se penche sur le développement des « études européennes » en Allemagne depuis 1945. Partant du constat de l’importance quantitative des travaux allemands sur l’Europe, il analyse les facteurs ayant pu favoriser en Allemagne l’institutionnalisation précoce des « études européennes ». Parmi ceux-ci, l’existence d’une prise en charge publique de l’« éducation politique » (politische Bildung) aux affaires nationales et européennes, mais aussi les moyens disponibles pour la structuration d’un mouvement fédéraliste européen autour de Europa Union Deutschland et ses dépendances jouent un rôle essentiel dans la production d’une « Académie européenne » à forte « tonalité allemande ».

 

Claire Visier – De la carte routière à l’itinéraire obligé La transformation de la politique européenne d’élargissement dans les années 2000

En nous centrant sur les relations interinstitutionnelles, il s’agit ici de comprendre les transformations qui ont affecté la politique européenne d’élargissement au cours des années 2000. Au travers de l’analyse des documents officiels, nous retracerons comment, dans un contexte de forte politisation de l’élargissement, les prises de positions et les interactions ont présidé, de façon contingente, à un réagencement du dispositif de l’élargissement à partir d’une transformation du paramétrage des instruments. Nous insisterons ensuite sur les effets induits de ce réagencement qui ont conduit au renouvellement en profondeur de la méthodologie de l’élargissement, et se faisant, à la transformation de la finalité d’une des composantes de la politique d’élargissement (la stratégie de préadhésion), ainsi qu’à la remise en cause du référentiel de la conditionnalité.

 

Lectures

Christophe Bouillaud : Mathieu Petithomme, Dépolitiser l’Europe. Comment les partis dominants évitent le conflit sur l’intégration européenne, Paris, L’Harmattan, Coll. « Questionner l’Europe », 2015, 382 pages.

Malgré quelques décennies d’intégration européenne, le désintérêt des Européens pour les affaires européennes n’est sans doute plus à démontrer, mais comment l’expliquer ? Matthieu Petithomme propose une explication, tout entière centrée sur l’offre politique : les partis dominants ont souhaité autant que possible éviter toute discussion sur l’Union européenne (UE) tant qu’ils n’y étaient pas obligés…

 

Juliette Dupont : Adrian Favell (2015), Immigration, Integration and Mobility : New Agendas in Migration Studies Essays 1998-2014, ECPR Essays Press, 271 pages.

Le dernier ouvrage d’Adrian Favell, Immigration, Integration and Mobility : New Agendas in Migration Studies reprend et articule une série de contributions aux études migratoires écrites par le sociologue britannique depuis le milieu des années 1990. N’hésitant pas à comparer cette compilation d’essais au « Greatest Hits tour » d’un groupe vieillissant de new wave (p. xiii), sa démarche est pourtant…