N° 51, 2016/1 – L’approche globale à la croisée des champs de la sécurité européenne

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Dirigé par Chantal Lavallée et Florent Pouponneau

 

Chantal Lavallée et Florent Pouponneau – Introduction. L’approche globale à la croisée des champs de la sécurité européenne

Pour renforcer la cohérence et l’efficacité de l’action extérieure de l’Union européenne (UE), et la présence de l’Europe dans le monde, les dirigeants européens ont décidé d’inscrire l’intervention européenne dans une approche dite globale de la sécurité. Placée au centre de la Stratégie européenne de sécurité de 2003, l’« approche globale » est ainsi devenue un cadre de référence de la…

 

Chantal Lavallée – La communautarisation de la recherche sur la sécurité. L’appropriation d’un nouveau domaine d’action au nom de l’approche globale

Selon le traité sur l’UE, l’impulsion politique en matière de sécurité européenne vient du Conseil européen. L’article vise ainsi à comprendre comment la Commission européenne a réussi avec une série d’initiatives, notamment en matière de recherche, à se positionner dans le champ européen de sécurité et de défense, et à y jouer un rôle déterminant. L’analyse de la configuration des relations permet de démontrer qu’en faisant un usage habile de ses atouts et de ses ressources au nom de l’approche globale, la Commission produit des effets et renforce sa position dans le champ à l’interface des acteurs étatiques et non étatiques.

 

Clara Egger – L’approche globale à l’européenne. L’impact des rivalités intersectorielles sur la gestion de crise européenne en Somalie

Cet article s’intéresse à la façon dont les rivalités entre les acteurs européens au sein de la configuration de la gestion de crise européenne en Somalie ont façonné un modèle propre à l’UE en la matière. À partir de données collectées sur le terrain au moyen d’entretiens, l’article plaide pour une meilleure prise en compte des stratégies conflictuelles des acteurs européens dans l’analyse de la politique étrangère européenne. Dans cette perspective, il présente deux résultats empiriques pour expliquer quelques-unes des spécificités du modèle européen, respectivement sur l’autonomie de la politique humanitaire et sur les objectifs stratégiques de l’action de l’UE en Somalie.

 

Sébastien Loisel – La création de la « Facilité de paix pour l’Afrique ». Jeux sectoriels dans l’élaboration d’un instrument européen de gestion des crises

Les jeux d’acteurs à l’œuvre au sein de l’UE dans la définition d’une approche globale de la gestion des crises sont souvent rapportés à des rapports de force intergouvernementaux ou interinstitutionnels. L’analyse de la création de la Facilité de paix pour l’Afrique entre 2003 et 2004 permet au contraire de faire apparaître des luttes qui traversent les États membres comme les principales institutions européennes et se déploient selon des logiques intra- et intersectorielles. Elles reflètent non seulement des intérêts de position bureaucratiques, mais également les représentations sociales propres aux secteurs de la sécurité et du développement.

 

Antoine Rayroux – L’Europe des militaires Pratiques et limites de l’approche globale dans la gestion des crises

Cet article montre les limites de l’institutionnalisation de l’approche globale dans la pratique des militaires européens en opération. Une analyse d’EUFOR Tchad/ RCA fait ressortir deux observations contrastées. Certes, l’approche globale trouve un écho favorable auprès des militaires européens, en ce qu’elle leur permet de développer de nouvelles compétences professionnelles et sociales au contact les uns des autres et avec les autres acteurs du champ de la sécurité européenne. L’approche globale est une norme qui contribue pour les militaires à donner du sens au rôle de l’UE comme acteur de la gestion des crises. Cependant, sa mise en œuvre sur le terrain donne lieu à un assemblage de pratiques diverses et au rejet par les militaires d’un certain nombre de ses principes, dès lors que ces derniers mettent en danger la conduite des opérations.

 

Stefan Waizer – Quand l’approche globale se rétrécit Le passage de la « carotte » au « bâton » dans le dossier nucléaire iranien

Cet article interroge les limites de l’approche globale de l’UE en prenant le cas de la politique de non-prolifération commune face à l’Iran. En articulant sociologie des secteurs et sociologie des rôles, nous avançons l’idée que la mobilisation et l’abandon soudain de l’approche globale constituent l’objectivation de luttes inter- et intra-sectorielles qui s’inscrivent dans le contexte de négociations internationales. À partir de cette reconstitution socio-historique de la non-institutionnalisation de l’approche globale, nous démontrons que l’institutionnalisation de l’Europe de la politique étrangère ne se fait pas forcément par l’« européanisation » de ses producteurs.

 

Lectures

 

Christine Cadot – La nation dans la réserve ? L’Europe au musée : une européanisation heurtée des politiques culturelles

Titres recensés

Camille Mazé, La fabrique de l’identité européenne. Dans les coulisses des musées de l’Europe, Paris, Belin, 2014, 303 pages.

Wolfram Kaiser, Stefan Krankenhagen and Kerstin Poehls, Exhibiting Europe in Museums. Transnational Networks, Collections, Narratives and Representations, New York, Oxford, Berg, coll. « Museums and Collections », 2014, 238 pages.

 

Michal Matlak – The Apology of the EU-Secularism

Titre recensé

François Foret, Religion and Politics in the European Union. The Secular Canopy, Cambridge University Press, 2015, 338 pages.

 

Yves Montouroy

Titre recensé

Matthieu Ansaloni, Le tournant environnemental de la Politique Agricole Commune, Paris, L’Harmattan, 2015, 359 pages.

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