N° 47, 2015/1 – La construction de l’Autre. Définir les « identités à la marge » dans l’espace européen

PE47

dirigé par Solenn Carof, Aline Hartemann, Anne Unterreiner, 2015/1 (n°47)

 

Solenn Carof, Aline Hartemann, Anne Unterreiner – Introduction. La construction de l’Autre. Définir les « identités à la marge » dans l’espace européen

Les évènements tragiques de janvier 2015 auxquels ont succédé des attaques islamophobes et antisémites ont révélé que la définition de l’identité française, de ce que veut dire le « Nous » et l’« Autre », n’était ni évidente, ni acceptée par tous. Ces tensions identitaires ne sont cependant pas le propre du cas français. Parallèlement au conflit israélo-palestinien, l’emprise persistante…

 

Roxana Barbulescu – Inside Fortress Europe. The Europeanisation of immigrant integration and its impact on identity boundaries

À l’intérieur de la forteresse Europe : l’Européanisation de l’intégration des immigrés et son effet sur les frontières identitaires

Si l’intégration des immigrés a été pendant longtemps le quasi-monopole des États-nations, au cours de la dernière décennie, l’Union européenne a obtenu de nouvelles compétences en la matière. Dès lors, si le rôle de l’UE se limite essentiellement aux domaines techniques, ses prises de responsabilité croissantes dans ce secteur ont profondément transformé les processus d’intégration des immigrés. Nous montrerons ainsi qu’en définissant l’intégration uniquement pour les citoyens des pays tiers, et en excluant de fait les citoyens européens, l’UE produit, à l’égards de ces derniers, un effet symbolique positif en les excluant de la catégorie « Autre ». Une telle redéfinition de l’intégration renforce, alors selon nous, à la fois la dimension culturelle et l’identité au cœur du projet européen. Il s’agira enfin de préciser les caractéristiques et les questions soulevées par ce « nouveau » modèle d’intégration qui se consolide au niveau européen.

 

Romain Calba – Les pratiques contemporaines de l’identification nationale. L’exemple des cérémonies d’acquisition de la nationalité en France, en Allemagne et au Royaume-Uni

Des cérémonies à l’attention des nouveaux citoyens ont été mises en place de façon concomitante dans différents pays européens à partir des années 2000. Ces nouvelles pratiques illustrent une volonté politique de solenniser l’entrée dans la « communauté nationale » et matérialisent un « imaginaire national » contemporain. À travers une étude comparative des évolutions législatives et administratives relatives aux politiques d’intégration et de nationalité en France, Allemagne et au Royaume-Uni, il s’agira d’observer les représentations et pratiques contemporaines de cette identification nationale. Nous pourrons dès lors souligner les éventuels processus de convergence dans la définition de l’identité et de l’altérité, questionnant en cela l’idée de « modèles » nationaux différents.

 

Lisa Vapné – L’accueil des « migrants juifs » en Allemagne. Un exemple de politique publique de l’identité

Cet article a pour objet de présenter la politique d’accueil spécifique menée en RFA, depuis 1991, à destination d’individus identifiés comme juifs par leurs papiers d’identité émis dans l’ex-Union soviétique. Initialement mise sur l’agenda au nom de l’accueil d’une population potentiellement victime de l’antisémitisme en Union soviétique, cette politique s’oriente par la suite vers l’objectif de reconstruire une vie juive en Allemagne grâce à cet afflux de migrants catégorisé en termes ethnoreligieux. Au cours des années 2000, alors même que l’Allemagne s’éloignait de la prédominance de l’ethnicité dans sa définition de la nation, nous expliquerons les modalités par lesquelles une telle politique a perduré notamment en interrogeant les catégorisations au sujet de l’accueil de ce groupe qui a fait l’objet de représentations positives retournées ensuite en formes de disqualification.

 

Antoine Saillard – L’Autre dans les mécanismes étatiques de contrôle de la mobilité (France, seconde moitié du XIXe siècle)

Au milieu du XIXe siècle, plusieurs États européens se dotent d’outils de contrôle de la mobilité. En ciblant des populations spécifiques et en organisant leur relégation, ces outils cherchent à contrôler la mobilité aussi bien intérieure qu’internationale. La comparaison de trois dispositifs de ce type, mis en place en France nous permettra dès lors d’appréhender les mécanismes créateurs d’altérité et de marginalité. Par là, nous questionnerons la construction de la figure de l’étranger dans la seconde moitié du XIXe siècle en envisageant les contours complexes et mouvants des deux termes d’une dialectique : le « Même » et l’« Autre ».

 

Pierre Weiss – L’« art du contre-pied ». L’identification à une équipe de football issue de l’immigration turque

Émotionnel et peu rationnel, le rapport d’identification à une équipe de football issue de l’immigration turque révèle que l’expérience de la stigmatisation est constitutive d’un « Nous » qui cimente les relations sociales. L’approche qualitative privilégiée dans cet article met en lumière ce que la mise en récit de cette identification doit à la mobilisation d’expériences aux « marges » de l’espace social. L’enjeu est de montrer que les enquêtés usent de stratégies d’identification à contre-pied. Cette dimension tactique du stigmate sert de fondation à une construction identitaire « à rebours ». Elle traduit toutefois moins un besoin d’affiliation qu’un désir de singularisation et de distinction dans un espace d’interconnaissance en voie d’ethnicisation et de paupérisation.

 

Lectures

 

Nathalie Brack – Construction européenne et légitimité démocratique. Les relations difficiles entre l’UE et les citoyens

L’Europe est à nouveau entrée en crise. Si l’intégration européenne a traversé plusieurs phases difficiles, la crise actuelle semble particulière en ce qu’elle touche non seulement le niveau supranational mais aussi les démocraties nationales. De plus, il semble que cette crise se démarque par sa nature multifacette : on peut parler de crise économique, budgétaire…

 

Anne-Cécile Dockès – Arnold Christine and Franklin Mark N., Assessing Political Representation in Europe

La démocratie représentative fonctionne-t-elle encore aujourd’hui dans la vieille Europe, ce continent qui l’a inventée ? Les auteurs de l’ouvrage Assessing Political Representation in Europe se donnent comme objectif d’évaluer le fonctionnement des mécanismes de représentation démocratique en Europe. La théorie démocratique pose…