N° 34, 2011/2 – Promouvoir l’Europe en actes. Une analyse des petits entrepreneurs de la cause européenne

PE34

dirigé par Philippe Aldrin, Dorota Dakowska, 2011/2 (n°34)

 

Philippe Aldrin, Dorota Dakowska – Légitimer l’Europe sans Bruxelles ? Un regard sur les petits entrepreneurs d’Europe, entre décentrement et recentrages

En tant que création d’un nouveau centre politique dépassant l’horizon connu et enraciné de l’État, le projet d’intégration européenne a eu à affronter une série de défis politiques tout à fait inédits si l’on veut bien les considérer du point de vue de la formation historique de l’ordre politique moderne en Europe. En effet, l’addition des traités, institutions, procédures,…

 

Julien Weisbein – La Fédération française des maisons de l’Europe (1960-2000). La trajectoire d’un militantisme européen de terrain

Depuis sa création en 1961, la Fédération française des maisons de l’Europe (FFME) se fixe pour objectif d’informer les populations sur la construction européenne avant tout dans leur environnement proche, la ville, et entend ainsi décliner le processus d’intégration au prisme des espaces locaux. Elle occupe aujourd’hui une place importante au sein de la configuration formée autour de l’information européenne. L’analyse de la trajectoire de cette organisation montre néanmoins que cet objectif de mise en proximité de l’Europe a pu fluctuer, en raison de dynamiques internes (liées au réseau des Maisons de l’Europe) mais aussi d’interactions externes, tant nationales (avec les autres groupes militants de promotion de l’Europe comme le Mouvement européen ou bien l’Union pour une Europe fédérale) qu’internationale (avec la Fédération internationale des maisons de l’Europe ou bien avec les institutions communautaires). Mais surtout, l’intégration de la FFME au sein de la configuration des pouvoirs qui se tissent autour de Bruxelles correspond à l’abandon d’une attitude militante politisée autour du schème fédéraliste au profit d’un alignement sur une lecture neutre du processus d’intégration communautaire.

 

Florence Le Cam, Jean-Michel Utard – Parler(s) d’Europe sur le Web. Cafebabel ou les énonciations dispersées d’une parole européenne

Au-delà des discours prophétiques sur les vertus de l’Internet à favoriser la formation d’un espace public européen, le web donne lieu à des investissements divers d’entreprises de promotion de l’Europe, de la part d’institutions comme de citoyens « ordinaires » de l’Europe. L’étude de cas du site Cafebabel.com met en évidence les ambiguïtés d’une position entre une démarche fondée sur la volonté déclarée de favoriser l’expression des citoyens européens, et la proximité avec les sources informationnelles et la relative dépendance aux ressources institutionnelles qui conditionnent son existence et sa survie. L’étude du dispositif énonciatif montre les difficultés à produire les normes d’une parole légitime, mais non institutionnelle sur l’Europe.

 

Philippe Aldrin, Nicolas Hubé – « Devenir les ambassadeurs de l’Europe ». Une lecture politique de la première expérience de démocratie délibérative européenne

À partir de l’observation in situ du « premier sondage délibératif paneuropéen » – Tomorrow’s Europe – qui s’est déroulé dans les bâtiments bruxellois du Parlement européen un week-end d’octobre 2007, les auteurs se proposent d’analyser les conceptions des divers entrepreneurs d’Europe qui ont imaginé, organisé et opérationnalisé par cette expérience un échantillon physique de l’espace public européen. Pendant trois jours, ils ont regardé comment les quatre cents citoyens venus des vingt-sept États membres de l’Union européenne s’y prenaient pour « discuter de l’Europe de demain » dans un dispositif présenté comme scientifiquement éprouvé. Au-delà du débat intellectuellement et politiquement toujours signifiant sur l’artificialité ou la non-représentativité de cette incarnation de la citoyenneté européenne, les auteurs s’intéressent surtout aux représentations d’institution – ici les institutions de l’Union européenne, les think tanks et d’autres partenaires des affaires publiques européennes – relatives aux perceptions populaires de l’Europe. En rapprochant dans une même analyse les emprunts aux théories et aux méthodes de la science (et en premier lieu de la science politique), le protocole prescrit pour la « délibération », la mise en scène de l’interculturalité europhile et la stratégie médiatique de Tomorrow’s Europe, l’expérience apparaît davantage sous le jour d’un instrument politique au banc d’essai ; un instrument politique capable de figurer la société civile européenne et de rendre son opinion prédictible.

 

Stéphanie Wojcik – Participer… et après ? L’expérience des Consultations européennes des citoyens 2009

Cet article propose d’appréhender les enjeux politiques des Consultations européennes des citoyens (CEC) 2009, pour la communication européenne. À l’initiative de la Commission européenne et mobilisant diverses catégories d’entrepreneurs d’Europe (associations, entreprises, think tanks, ONG…) pour leur conception et leur organisation, les CEC constituent un dispositif sophistiqué articulant des consultations nationales en face-à-face, sur le principe du « mini-public », et des plateformes de débat en ligne dans chacun des 27 pays membres. L’objectif affiché était la production, par les citoyens, de recommandations, sur le thème de l’avenir économique et social de l’Europe, à l’attention des députés européens à la veille des élections de juin 2009.

L’analyse d’une telle expérience met en lumière le caractère contraignant de l’architecture politique de l’UE sur la mise en œuvre d’une démocratie délibérative à l’échelle européenne, qui conduit à brouiller les limites conceptuelles et pratiques entre communication institutionnelle et délibération publique en vue de produire de l’adhésion au projet communautaire. Elle illustre également les limites et présupposés inhérents aux politiques européennes de communication, le poids des médiateurs dont les actions peuvent s’avérer contradictoires dans l’opérationnalisation du dispositif ou encore les appropriations inattendues de la procédure par les citoyens eux-mêmes. Dans les différentes phases des CEC, ces derniers se montrent en effet parfois rétifs aux cadres imposés à leur expression et à la conception d’entrepreneurs qui visent autant à les éduquer aux vertus de l’Europe qu’à mettre en scène la construction fragile et ponctuelle de leur sentiment d’appartenance.

 

Dorota Dakowska – Vers une politisation du débat public européen ? L’institutionnalisation des « fondations politiques européennes ».

La création de fondations politiques au niveau européen, rendue possible par un règlement adopté en décembre 2007, marque une rupture dans la position de la Commission vis-à-vis des organisations affiliées aux partis politiques au niveau national et européen. Cette évolution s’inscrit dans la réorientation des politiques de communication européenne, avec la recherche de nouveaux dispositifs à même d’atteindre un public désinvesti des enjeux communautaires. La présente contribution se propose d’explorer les mobilisations d’entrepreneurs politiques au Parlement européen et des réseaux des fondations nationales, notamment auprès de la Commission et du Conseil. Le fait que la Commission se saisisse, au plus haut niveau, de cet enjeu, doit être replacé dans la conjoncture politique du moment, au lendemain de l’échec des référendums constitutionnels. L’article propose une appréciation critique de la contribution des fondations politiques européennes à la politisation, souhaitée par certains, du débat public européen. Enfin, il se penche sur les stratégies communicationnelles de ces structures pour voir de quelle manière elles répondent aux injonctions communautaires de proximité et de dialogue.

 

Varia

 

Antoine Rayroux – Adaptation, projection, convergence ? L’européanisation de la défense et l’intervention militaire EUFOR Tchad/RCA

En appliquant le concept d’européanisation à la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’UE, cette recherche postule que l’articulation de la PSDC avec les politiques de défense des États membres procède d’un mouvement simultané de projection et d’adaptation des politiques nationales. Une étude comparative de l’engagement français et irlandais dans l’intervention militaire EUFOR Tchad/ République centrafricaine illustre cette logique d’européanisation, qui consiste pour la France à inscrire sa politique de sécurité en Afrique dans un cadre multilatéral, et pour l’Irlande à renoncer à certains éléments constitutifs de sa neutralité.

 

Chantiers de recherche

 

Mathias Delori – Le poids de la mémoire sur la politique étrangère. Une exploration des imaginaires historiques des experts des politiques de défense et de sécurité de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne

L’actualité internationale de ces dernières années a conduit de nombreux observateurs à relever que l’Union européenne peine à se doter d’une Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) digne de ce nom (Menon, 2002 ; Wilde d’Estmael et al., 2004 ; Merchet, 2009). L’épisode de la guerre en Irak est dans toutes les mémoires : en dépit de quelques avancées institutionnelles…

 

Lecture croisées

 

Christophe Bouillaud – L’euroscepticisme n’est-il qu’un mot ?

L’Europe sous tensions. Appropriation et contestation de l’intégration européenne Understanding Euroscepticism Anti-européens, eurosceptiques et souverainistes. Une histoire des résistances à l’Europe (1919-1992) Contre l’Europe ? Anti-européisme, euroscepticisme et alter-européisme dans la construction européenne de 1945 à nos jours (Volume I) : les concepts …

 

Lectures critiques

 

Valentin Behr – Le Passé au présent. Gisements mémoriels et actions historicisantes en Europe centrale et orientale

S’inscrivant dans la continuité de L’Europe et ses passés douloureux, l’ouvrage co-dirigé par Georges Mink et Pascal Bonnard prolonge une réflexion désormais conséquente sur la mémoire et ses usages, notamment politiques. Les dix-huit contributions (en comptant l’introduction) sont issues de deux conférences internationales organisées à Berlin (en 2007) et à Kiev (en 2008),…

 

Sara Casella Colombeau – La Fabrique des “Européens”, processus de socialisation et construction européenne

L’ouvrage collectif La Fabrique des “Européens”, processus de socialisation et construction européenne, dirigé par Hélène Michel et Cécile Robert, publié en 2010 aux Presses Universitaires de Strasbourg rassemble treize contributions d’auteurs européens sur la question de la socialisation à l’Europe. Les directrices et contributeurs à cet ouvrage se placent…