N° 27, 2009/1 – Les syndicats à l’épreuve de l’Europe

PE27

Les syndicats à l’épreuve de l’Europe

dirigé par Patrick Hassenteufel, Jean-Marie Pernot, 2009/1 (n°27)

 

Patrick Hassenteufel, Jean-Marie Pernot – Préambule. Les syndicats à l’épreuve de l’Europe

Ce numéro, consacré aux enjeux de l’européanisation pour les organisations syndicales de salariés, reprend en partie des interrogations déjà soulevées dans le numéro 4 de Politique européenne, publié en 2001. Cet objet est loin d’avoir perdu de son actualité, au contraire, pas plus qu’il n’a épuisé l’intérêt des chercheurs. Les perspectives d’analyse ont toutefois été en partie modifiées, comme…

 

Anne Dufresne – Le salaire, au cœur de l’eurosyndicalisme ?

Historiquement, au plan national, le salaire est au cœur de l’identité syndicale. Or, à l’échelle de l’Union européenne, les eurosyndicats ont longtemps abandonné le salaire, acceptant la convergence sur la modération salariale des années 1980. L’article se propose d’analyser la façon dont depuis, l’eurosyndicalisme tente de (re) construire l’européanisation salariale : par des initiatives de coordination des négociations collectives nationales dans les secteurs, et plus récemment encore, par la mise en place d’une nouvelle revendication : le salaire minimum européen. Ces stratégies parviendront-elles à redonner aux syndicats une légitimité suffisante leur permettant une intervention sur les salaires au niveau supranational ?

 

Nadia Hilal – L’Europe, nouvelle figure de la crise syndicale : les syndicats face à la libéralisation du rail en Europe

Dans le secteur ferroviaire, la directive européenne 440 de 1991 a représenté une révolution dans le mode d’organisation et de gestion du rail. Ce transfert de compétences au niveau européen a-t-il engendré un changement dans les représentations et stratégies syndicales ? Trois temps de la réponse syndicale européenne doivent être distingués. Tout d’abord, nous montrerons l’incapacité des organisations syndicales européennes à adopter une lecture commune des enjeux européens. Ensuite, avec l’accélération du processus de déréglementation les syndicats ont progressivement pris conscience de la nécessité d’agir à l’échelle communautaire. Ce deuxième temps est celui de l’organisation de mobilisations cheminotes transnationales. Enfin, aujourd’hui, devant la faible influence de ces mobilisations sociales européennes sur l’agenda communautaire, les organisations syndicales sont revenues à des stratégies nationales, la gestion des conséquences sociales de la libéralisation dans le cadre étatique, et peinent à faire face à l’éclatement corporatiste du syndicalisme national lui-même.

 

Anne-Catherine Wagner – La fabrique de syndicalistes « européens » : une enquête sur les formations européennes de la CES

La Confédération européenne des syndicats a développé dès les années 1980 une politique de formation qui vise à « européaniser » les syndicalistes. L’étude de ces activités de formation conduit à dégager un mode spécifique d’acculturation à l’Europe. Les formations européennes visent moins à transmettre une identité syndicale commune qu’un ensemble de compétences techniques et sociales, afin de faciliter l’accès des syndicalistes aux univers institutionnels européens. Bien ajustées aux propriétés d’une élite syndicale européenne, elles permettent l’accumulation d’un capital social européen et elles consolident des réseaux transnationaux. Mais les conditions restrictives de diffusion et d’appropriation de ces ressources syndicales sont aussi révélatrices des contradictions liées à l’européanisation du syndicalisme.

 

Hélène Michel – Le syndicalisme dans la « gouvernance » européenne. Formes de représentation et pratiques de défense des intérêts sociaux en questions

Le Livre blanc sur la gouvernance européenne en 2001 a promu comme principe de bonne gouvernance la participation de la société civile au processus d’élaboration et de mise en œuvre des politiques européennes. Ce faisant, il a invité les différentes institutions à mettre en place un « dialogue civil » sur le modèle du « dialogue social », comme si la frontière entre « civil » et « social » était claire et renvoyait à des organisations distinctes. Prenant pour objet les conceptions et les expériences du « dialogue civil » menées au Comité économique et social européen et à la DG Emploi et affaires sociales, cet article montre comment les syndicalistes ont été amenés à redéfinir la nature des intérêts qu’ils représentent et la manière de les défendre au niveau européen. Contrairement à une interprétation qui fait du tournant participatif une forme d’affaiblissement des organisations syndicales, désormais considérées comme des groupes d’intérêt parmi d’autres sans plus de légitimité ou de prérogatives, l’enquête sur les pratiques de représentants d’intérêts sociaux montre à quelle condition il peut devenir une opportunité pour des syndicalistes soucieux de promouvoir une conception moins institutionnelle du syndicalisme et de ses formes d’intervention au niveau européen.

 

Loïc Moissonnier – La participation des syndicats européens aux mobilisations altermondialistes : cohésion renforcée ou miroir de la diversité ?

Cet article traite de la participation des syndicats au mouvement altermondialiste au niveau européen. Nous nous intéressons exclusivement aux stratégies des syndicats membres de la CES et de la CES elle-même vis-à-vis de ce mouvement de contestation transnationale, qui est visible en Europe lors de contre-sommets et Forums sociaux depuis la fin des années 1990. Les syndicats participant au mouvement altermondialiste se réclament-ils d’une stratégie commune qui aurait pour but de renforcer la cohésion syndicale derrière la bannière de la CES ? Bien que les décisions de participer (ou pas) aux mobilisations altermondialistes reflètent une grande diversité dans les conceptions du syndicalisme en Europe, les syndicats et la CES elle-même cherchent dans ce cadre à apparaître comme un acteur homogène. Mais ces tentatives restent extrêmement limitées du fait de la participation distanciée de la CES et de son manque de leadership. Du point de vue syndical, l’émergence du mouvement altermondialiste révèle donc les faiblesses du syndicalisme s’organisant à l’échelle européenne tel qu’il a été construit depuis les années 1970.

 

Thomas Collombat – Le débat sur l’eurocentrisme des organisations syndicales internationales : une perspective des amériques

Cet article traite de l’évolution de l’influence des syndicats européens sur les organisations syndicales internationales depuis la fin de la guerre froide. À cette fin, nous étudions les perceptions de syndicalistes latino-américains afin de mieux cerner la façon dont la domination européenne est vécue par les acteurs censés la subir. Cette démarche nous amène à affirmer que si l’influence européenne est toujours forte, elle a changé de nature. Elle est aujourd’hui marquée par l’expérience de l’eurosyndicalisme, qui a permis aux syndicats européens de développer à la fois une pratique de l’internationalisme syndical et des stratégies qu’ils cherchent à exporter. Nos observations en Amérique latine nous amènent également à conclure que lorsque des syndicats coordonnent étroitement leurs activités sur le plan régional, leur influence sur le mouvement syndical international en sort renforcée.

 

Varia

 

Noëlle Burgi – La construction de l’Etat social minimal en Europe

Considéré comme un type idéal, l’État social « minimal » représente le modèle vers lequel tendent à converger les systèmes nationaux de protection sociale en Europe. Cela se traduit par la mise en question des politiques redistributives à visée universaliste au profit de politiques d’assistance aux pauvres qui, encadrés strictement, subissent un système de contraintes et de contrôles étroits. Afin de soutenir l’hypothèse que la généralisation des prestations sous conditions de ressources ne s’analyse pas comme une finalité « naturelle », une problématique centrée sur le pouvoir politique tente de cerner l’action de l’État et pas seulement sa réaction à la contrainte extérieure. Quoique verrouillée par le « nouveau constitutionnalisme » européen, l’intervention étatique contribue de façon décisive au minimalisme social, altère les fondements du pacte social démocratique et met en danger les équilibres sociaux essentiels.

 

Sara Casella-Colombeau – Les gardes-frontières au travail. La construction de la frontière européenne. Chantiers de recherche

Le but de cette recherche est d’analyser dans une perspective comparative les conséquences des politiques européennes de contrôle des frontières extérieures sur les services administratifs responsables de la surveillance des frontières européennes en France, en Espagne et en Italie. Il est en effet intéressant de constater que les évolutions récentes des politiques européennes de gestion des frontières…

 

Lectures croisées

 

Franck Petiteville – Nouvelles publications sur la politique internationale de l’Union européenne : nouvelles recherches ?

Europe’s Global Role. External Policies of the European UnionL’Action extérieure de l’Union européenne, rôle global, dimensions matérielles, aspects juridiques, valeursL’Union européenne et la gestion de crisesEurope-Asia Relations. Building Multilateralisms L’euro-pessimisme engendré par le rejet du traité constitutionnel européen en 2005 ne semble pas décourager la publication d’ouvrages sur…

 

Lectures critiques

REVAUDLa Frontière en Europe, un territoire ? Coopération transfrontière franco-espagnole Dans le contexte actuel d’ouverture des frontières européennes vers l’Est, la problématique de la coopération transfrontalière est récurrente mais encore peu étudiée dans la littérature contemporaine, notamment celle relative à l’Union européenne. La thèse de Jean-Baptiste Harguindéguy a ceci d’original qu’elle…