N° 21, 2007/1 – L’Europe du chômage

PE21

L’Europe du chômage

dirigé par Didier Chabanet, Jean Faniel, 2007/1 (n°21)

 

Didier Chabanet, Jean Faniel – L’Europe du chômage : enjeux et dynamiques socio-politiques d’un échec

Depuis maintenant plus de trente ans, la précarisation des conditions de travail et la persistance du chômage de masse dans l’Union européenne (UE) constituent des enjeux économiques et politiques majeurs, qui occupent invariablement le peloton de tête des préoccupations des opinions publiques nationales. Si la situation est évidemment loin d’être homogène et présente des différences substantielles…

 

Bernard Conter – Plein-emploi ou chômage nécessaire : la stratégie européenne pour l’emploi, entre utopie et pragmatisme

L’auteur analyse les fondements théoriques, plus ou moins implicites, qui président au fonctionnement de la Stratégie européenne pour l’emploi (SEE). Il met en exergue les paradoxes d’un dispositif qui accorde une place extrêmement réduite à la lutte contre le chômage et se focalise sur les politiques d’emploi. L’hypothèse explicative retenue est que la SEE a été conçue non pas pour faire disparaître le chômage mais plutôt pour le contenir. Dans cette perspective, il s’agirait de maintenir un volant suffisant de personnes en recherche d’emploi, qui fasse pression sur l’ensemble du salariat et limite sa capacité de revendication.

 

Christian Lahusen – La main invisible de l’Union européenne et l’européanisation silencieuse des débats publics sur le chômage

Dans cette contribution, les débats publics sur le chômage sont analysés à travers la couverture médiatique qui en est faite dans 6 pays (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni, Suède et Suisse). Les résultats invalident l’hypothèse d’une européanisation explicite des espaces nationaux, qui soit directement repérable sémantiquement. En revanche, l’agenda de l’UE – et plus particulièrement la SEE – ont exercé un cadrage implicite significatif, orientant les discussions à l’intérieur de chaque pays, sans que l’origine ou même la marque européenne de cette influence ne soit spécifiée.

 

Vincent Dubois – État social actif et contrôle des chômeurs : un tournant rigoriste entre tendances européennes et logiques nationales

Même s’il n’est pas inédit, le contrôle des chômeurs s’est nettement intensifié dans la plupart des pays européens à partir du début des années 1990. Cette tendance s’inscrit dans un cadre économique et politique d’ensemble défavorable aux droits des chômeurs. Tout en conservant leurs logiques propres, les politiques européennes et nationales semblent se renforcer et se légitimer mutuellement pour renforcer les dispositifs de surveillance et, le cas échéant, de sanctions visant les chômeurs. La comparaison des expériences dans l’UE constitue alors un cadre de références communes qui permet aux décideurs nationaux de légitimer des politiques dont l’application reste cependant de leur ressort.

 

Catherine Spieser – Labour market policies in post-communist Poland : explaining the peaceful institutionalisation of unemployment

The article investigates the emergence and development of the policies and politics of unemployment in Poland after 1989, where the latter constitutes a relatively new but salient phenomenon. We can observe a process of peaceful institutionalisation of unemployment, which became a status conferring limited social rights, without this triggering significant protest or opposition. Two complementary explanations account for this. First, trade unions have been instrumental in ensuring social peace. Secondly, labour market and social policies have played a major role in containing the opposition of certain groups. The design of labour market policies was thus largely driven by domestic politics while external influences and europeanization in particular played a minor role before 2004.

 

Sophie Béroud – La difficile émergence d’un mouvement de chômeurs en Espagne (1988-2002)

Malgré un taux de chômage et des phénomènes de précarité préoccupants, les chômeurs en Espagne ne parviennent pas à constituer un mouvement d’ampleur nationale. La très forte implication des principales organisations syndicales dans les politiques de libéralisation économique entreprises depuis le début des années 1980 et le soutien que celles-ci apportent aux gouvernements successifs les privent en effet d’un relais essentiel qui ne leur permet pas de se structurer efficacement. Dans ce contexte, la mobilisation ne dépasse guère le cadre régional – comme en Andalousie – et repose sur des alliances alternatives, le plus souvent avec d’autres groupes marginalisés de la société civile, qui restent fragiles et fragmentées.

 

Didier Chabanet – Chômage et exclusion sociale : l’échec européen

La persistance du chômage et de la précarité dans un grand nombre d’États membres gangrène le climat social des pays concernés et s’est traduite par des mobilisations de chômeurs parfois importantes mais toujours sporadiques. Le malaise atteint aujourd’hui un degré tel qu’il compromet l’avenir politique de l’Union européenne. Si les dispositifs de lutte contre le chômage restent de la responsabilité nationale, c’est bien en effet cette dernière qui a été durement sanctionnée, voyant notamment son projet de Constitution rejeté par une majorité de Français, au motif qu’il n’apporterait pas de garanties suffisantes en matière sociale.

 

Yann Berard – L’internationalisation de l’expertise. Une comparaison des activités d’ingénierie – conseil dans le domaine des transports urbains et de l’aide publique au développement en Europe : recherches en cours

Le thème de l’expertise connaît un engouement certain dans le champ des politiques publiques depuis plusieurs années, qui ne semble pas s’estomper – en témoigne le dernier sujet de science politique donné au concours d’entrée à l’ENA : « L’expertise dans l’action publique ». Si l’expertise technique et de décision liée aux grands corps d’État a pu faire l’objet en France et à l’étranger de nombreux…

 

Lectures critiques

HOERBER Europe Recast – A History of European integration In the first chapter of this book Dinan gets off to a shaky start. There are mistaken dates, such as “The Schuman Declaration of June 1950 (…)” (14); Charles de Gaulle was president of the Fifth Republic until April 1969, not 1968 (29); oversimplifications, such as “Law and order broke down” in occupied Germany in the immediate post-war…