N° 16, 2005/2 – Vers une européanisation des partis politiques ?

PE16

Vers une européanisation des partis politiques ?

dirigé par Céline Belot, Bruno Cautrès, 2005/2 (n°16)

 

Céline Belot, Bruno Cautrès – Redéfinitions et recompositions des partis et systèmes partisans autour de l’enjeu européen : premiers sillons sur un terrain en friche

Les partis politiques et les systèmes de partis européens sont-ils affectés de manière forte et significative par les enjeux de l’intégration européenne au point de pouvoir parler d’une recomposition de ces systèmes autour de ce thème ? Peut-on également parler « d’européanisation » des partis et des systèmes de partis européens ? Ce numéro propose des éléments de réponse à ces deux questions….

 

Sylvia Kritzinger, Irina Michalowitz – Party position changes through EU membership ? the (non-)europeanisation of Austrian, Finish and Swedish political parties

The article seeks to analyse whether a Europeanisation of national parties has taken place amongst the EU-newcomers of 1995 – Austria, Finland and Sweden – studying Euro-manifestos. Europeanisation is measured based on two characteristics: first, salience a party attributes to the European level and second, policy positions a party holds towards European issues. Moreover, we assume that Europeanisation may result in an impact on the traditional national cleavage lines changing the dominant Left-Right dimension. Our results show that Europeanisation in terms of salience has indeed taken place; Europeanisation in terms of policy position change however, could only be observed in Sweden and Austria. Regarding the cleavage structure, we noticed a reinforcement of the Left-Right divide by the European issue in Sweden and in Finland, while in Austria a new cleavage line could be identified: Green/Alternative/Libertarian versus Traditional/Authoritarian/Nationalism. The Europeanisation process has therefore progressed most strongly in Austria. Overall, we conclude that the European integration process does have an influence on national political parties.

 

Robert Andersen, Jocelyn EVANS – Identifying Europe ? The role and dynamics of a european cleavage

Traditional sociological accounts of party choice in European countries have been based largely upon the cleavage work of Lipset and Rokkan. Challenges to this model have posited changing social structure, individualisation of society and growing ‘issue politics’ as responsible for a decline of political cleavages and consequently of their electoral role. This article examines an alternative realignment hypothesis, looking at the possible appearance of a new cleavage based upon European versus national orientation. Having built a sociological definition of this potential divide and conditions for its implantation, the article uses Eurobarometer data from 1974 to 1996 to explore for evidence of a strengthening identity cleavage in accounting for party choice. Our findings reinforce those of existing research on the role of Europe: to the extent that European identity exists, it remains latent and largely untapped in most countries, with the exception of France. Europe emerges as an important issue from time to time, but the conditions for cleavageemergence are still unmet.

 

Pascal Delwit, Erol Kulahci, Benoît Hellings, Jean-Benoit Pilet, Émilie Van Haute – L’européanisation de la représentation communautaire : le cas des partis francophones belges

Dans un contexte d’intégration européenne croissante, il convient de s’interroger sur la manière dont réagissent les partis politiques à cette européanisation. Plus particulièrement, il est pertinent d’analyser ce qui est européanisé et dans quelle mesure. A cette fin, nous nous sommes penchés sur la façon dont les évolutions de l’intégration européenne se reflètent dans les manifestes électoraux des partis belges francophones des prémisses de l’Acte unique européen aux récents débats sur le projet de Constitution européenne. A partir de l’approche fit vs misfit de Börzel et Risse, nous avons comparé les évolutions européennes des différentes formations du spectre politique francophone de Belgique. Dans un second, nous présentons comment leurs attitudes, positives ou négatives, se traduisent dans leur posture sur les questions économiques, sociales et environnementales (policies), ainsi que sur celles ayant trait aux évolutions institutionnelles de l’UE (institutions). Au final, la position pro-européenne, traditionnellement associée à la Belgique, ne se traduit pour autant pas par une totale satisfaction sur le contenu de l’intégration européenne. De plus, de réelles divergences, notamment entre le centre-droit et le centregauche, peuvent être épinglées sur la scène politique belge francophone.

 

Nicolas Sauger – Sur la mutation contemporaine des structures de la compétition partisane en France : les partis de droite face à l’intégration européenne

Si l’attitude face à l’intégration européenne est une ligne de fracture ancienne au sein des partis de droite, les transformations récentes du système partisan français, surtout à droite, mènent à réévaluer le poids de cet enjeu dans la structuration de la compétition politique. Suivant les données de sondages d’experts récents et les résultats d’une analyse systématique des programmes des partis, l’enjeu européen n’apparaît pas toutefois aujourd’hui constituer une dimension autonome de l’espace politique français tant la position sur cet enjeu entretient une relation forte, mais de type quadratique, avec les positions traditionnelles sur l’axe gauche – droite. Ainsi, si cet enjeu a contribué à l’émergence de nouveaux partis, notamment autour de l’idée souverainiste, l’hypothèse d’un réalignement du système partisan français en fonction de l’attitude face à l’intégration européenne ne connaît aujourd’hui aucune confirmation empirique.

 

Marcel Tomasek – Metamorphosis of the civic democratic party attitudes to european integration; on the new cleavage in the Czech party system

At the beginning of the 90’s, the CDP together with Civic Democratic Alliance belonged to the key liberally defined reform-oriented parties which launched the initial extensive transition impulse. Clear foreign policy orientation implying the fastest possible integration into the Euro-Atlantic and European structures NATO and the EU – was an inherent part of transition and modernization plan. Declining the initial reform impetus of the CDP as connected to its key position and enormous involvement with the extensive transition agenda (political actors responding to new emerging economic interests taking advantage of the unique and specific conditions of the transitory regime) resulted in a substantial shift in transition strategy and trend of maintaining centrally controlled regime blocking alteration of the specific transition conditions of a non-regulated rudimental market which effectively led the CDP to the adaptation of more conservative etatist position. The Euroskeptic agenda emerged along with this process as the accession to the EU threatened the political-economic structures of the transitory regime.

 

Laurent Olivier – Le parti socialiste et l’européanisation de l’espace de confrontation politique : le clivage national à l’épreuve du clivage sur l’intégration européenne

L’intégration européenne est longtemps restée au PS un enjeu périphérique aux conséquences limitées, affectant peu les lignes de clivages sur lesquelles le parti fondait son action au plan national, tel le clivage gauche/droite. Pourtant, les oppositions qu’elle produit structurent de plus en plus le PS et brouille les clivages traditionnels jusqu’en son sein. L’analyse des modalités de pénétration des clivages « intégration/indépendance » dans l’espace de la conflictualité partisane montre que l’évolution du PS est marquée par une combinaison des scénarii proposés par S. Bartolini. Le PS s’inscrit principalement dans une logique d’européanisation des clivages nationaux, en dessinant les perspectives d’une social-démocratie européenne au sein du PSE. Il reste cependant marqué de façon segmentaire par un antagonisme sur l’intégration européenne, qui transgresse les cadres du parti et des frontières nationales. En outre, l’émergence du clivage « intégration/indépendance » se manifeste de façon duale, tantôt sur le mode de l’internationalisation, en faisant de l’arène européenne une instance de « second ordre », tantôt sur le mode de l’européanisation en préservant un système partisan à deux niveaux national et européen. Il reste que le clivage « intégration/indépendance » tend à être de plus en plus absorbé par le clivage gauche/droite.

 

Julia Speht – Party networks at the EU level and the emerging added value for ‘members ‘

Although often dismissed as an impotent party system (Mair, 1999; Hix, 2000; Ladrech, 1999) the emerging networks at EU level demonstrate an incremental interdependence and growing policy convergence between national parties of the same ideological familles spirituelles. However the persistent democratic deficit and declining voter turnout in EP elections undermines their efficient policy performance. The under-researched behaviour of party networks’ representation is examined with data for mid-level elites and rank and file members of the PES network from the new Membership Survey (2001). The profile, attitudes and behaviour of these ‘members’ are examined in comparison to non-members from Eurobarometer, to explore the ‘added value’ of involvement in a transnational party network. This complex relationship with the voter – through Multi Level Governance structures and indirect membership – plays a central role in defining these voters’ relationship with the EU. Hence, the evidence from this membership survey implies that co-operation and convergence within party systems across Europe is not restricted to the party elites. If this assertion is acknowledged, then a reassessment is called for on the significance of EU trans-national party development.

 

Lectures critiques

Les commissaires européens. Technocrates, diplomates ou politiques ? Michel MANGENOT La sociologie politique de l’Union européenne connaît depuis plusieurs années un développement important. Elle touche encore majoritairement les différentes politiques publiques de l’Union (avec un élargissement de cette approche à la politique étrangère) mais également de plus en plus ses différentes institutions,…