N° 48 2015/2 – Les politiques militaires en Europe. L’héritage de Bastien Irondelle

POEU_048_L204dirigé par Catherine Hoeffler, Samuel Faure, 2015/2 (n°48)

 

Voir le compte-rendu de la conférence de présentation du n°48 de la revue sur les politiques militaires en Europe qui rend un hommage scientifique à Bastien Irondelle

photo-49

Catherine Hoeffler, Samuel Faure – « L’européanisation sans l’Union européenne». Penser le changement des politiques militaires

 

Olivier Chopin – Le renseignement européen, les coopérations bilatérales au secours d’une intégration introuvable?

Le renseignement est un des secteurs les plus paradoxaux de la coopération en matière de sécurité et de défense : bien qu’elles soient enracinées dans l’intérêt national de chaque État, les activités de renseignement reposent en grand partie sur le partage et la collaboration entre les nations. Cet article compare l’état actuel de la coopération entre les pays européens au sein des organisations intégrées de l’UE (comme Europol, INTCEN et la Direction du renseignement de l’EMUE). Analysant le développement de l’institutionnalisation européenne d’un côté et des coopérations bilatérales de l’autre, nous proposons des scénarios prospectifs sur les programmes de coopération par rapport au développement fragile et tardif d’une réelle capacité de l’UE en matière de renseignement. Ce domaine semble confirmer la nécessité d’examiner l’hypothèse d’un mécanisme de convergence horizontale correspondant à la thèse de l’ « européanisation sans l’Union européenne » proposée par Bastien Irondelle.

 

Catherine Hoeffler et Frédéric Mérand – Avions de combat: pourquoi n’y a-t-il pas d’européanisation?

Cet article interroge les limites de «l’européanisation sans l’Union européenne» (Irondelle, 2003) dans le secteur des avions de combat en Europe. Partant de l’observation selon laquelle les gouvernements européens divisent leurs achats entre quatre appareils (Eurofighter Typhoon, Gripen, Rafale et JSF F-35), il propose une analyse comparée des processus décisionnels nationaux. Plus spécifiquement, nous avançons l’idée que les choix en matière d’acquisition militaire s’expliquent par deux variables: la structure industrielle, c’est-à-dire l’autonomie relative du secteur de l’aérospatiale militaire, et les préférences politiques des élites stratégiques nationales. Ces deux variables issues de l’économie politique et de la théorie des relations internationales permettent de comprendre les limites de l’européanisation dans ce secteur.

 

Lucie Béraud-Sudreau, Samuel B. H.Faure et Michael Sladeczek – Réguler le commerce des armes par le Parlement et l’opinion publique. Comparaison du contrôle deexportations d’armement en Allemagne, France, Royaume-Uni et Suède

En cherchant à expliquer pourquoi les exportations d’armement sont fortement régulées par certains États européens et plus faiblement par d’autres, cet article défend l’idée d’une absence d’européanisation du contrôle des exportations d’armement. Nous montrons que ni la relation État-industrie ni l’implication des acteurs exécutifs n’explique ces variations. Deux hypothèses alternatives sont proposées: la position du Parlement dans le processus de décision du contrôle des ventes d’armes et la saillance de l’enjeu des ventes d’armes auprès de l’opinion publique.

 

Nicolas Fescharek – From Aspirations to Aspirin? The Afghan Campaign and Europe’s Quasi-Strategic Inertia

La littérature récente traitant de la politique européenne de sécurité et de défense tend à peindre un tableau sombre, évoquant essentiellement une histoire de déclin ou de complaisance ; elle décrit souvent une PESD/PSDC qui aurait commencé avec des aspirations élevées, souffrant désormais d’une forte «migraine» et risquant même de disparaître après la débâcle libyenne. Sans nier ces difficultés, cet article, qui examine le cas de l’Afghanistan, prend le contre-pied de ce «déclinisme» et propose de réfléchir à un rôle européen «par défaut» –avec des effets quasi stratégiques. Ainsi, en soulignant la persistance de différences substantielles entre les cultures stratégiques nationales des États membres de l’UE, il s’agit d’expliquer le paradoxe de la convergence européenne autour de l’avènement d’un « rôle par défaut ». Cette notion d’un « rôle par défaut » est le résultat à la fois d’une volonté, ou d’une complaisance, vis-à-vis du leadership américain ainsi que d’une inertie globalement partagée visant à préserver une marge d’autonomie stratégique vis-à-vis des Etats-Unis. Une telle description apparaît alors plus appropriée afin de décrire le rôle de l’UE que les tentatives de penser une « culture stratégique européenne ».

 

Olivier Schmitt – Européanisation ou otanisation? la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne en Afghanistan

Les armées occidentales ont profondément changé suite à plus d’une décennie d’intervention militaire en Afghanistan. Cet article étudie l’une des modalités de ce changement, à savoir l’émulation sélective. Prises au dépourvu par l’évolution des combats en Afghanistan, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne sont allées chercher au sein de l’OTAN (au sein de la structure ou auprès des autres États membres) des réponses doctrinales et matérielles aux défis auxquels elles étaient confrontées sur le terrain. Néanmoins, l’importation de solutions doctrinales et matérielles se fait en fonction des spécificités des contextes politico-militaires nationaux, notamment la proximité envers les États-Unis, la présence d’une industrie de défense développée ou une culture stratégique spécifique. Après l’«européanisation sans l’Union européenne» de la politique de défense française dans les années 1990 identifiée par Bastien Irondelle, on observe une «otanisation avec l’OTAN» des politiques de défense des trois principales puissances militaires européennes au cours des années 2000, du fait de la campagne en Afghanistan.

 

Olivier Rozenberg, Olivier Chopin, Catherine Hoeffler, Bastien Irondelle, Jean Joana – Des députés experts militaires ? Les motivations et rétributions au sein des commissions Défense de Parlements européens

Les legislative studies américaines se sont largement construites sur l’analyse des fonctionnalités des commissions parlementaires (Martin 2014). L’approche distributive fit valoir qu’elles permettaient à leurs membres de capturer les bénéfices de politiques publiques au profit de leurs circonscriptions (Weingast et Marshall, 1988). L’approche informationnelle prit davantage au sérieux le travail…

 

Chantiers de recherche

Camille Kelbel – Bien choisir pour mieux élire ? Une analyse des processus de sélection des candidats aux élections européennes

Ce projet de recherche s’intéresse à la façon dont les partis politiques recrutent leurs candidats et construisent leurs listes en vue des élections européennes. La sélection des candidats est un moment décisif pour tout système politique, tant et si bien que l’ouverture des processus de nomination (et de manière emblématique, l’instauration de primaires) est souvent perçue comme un remède possible…

 

Lectures

Benjamin Morel Les nouveaux enjeux de la socialisation politique au Parlement européen

 

Thomas Frinault - Philippe Aldrin, Nicolas Hubé, Caroline Ollivier-Yaniv et Jean-Michel Utard, Les médiations de l’Europe politique, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2014, 365 pages.